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Jean Piaget—————————————— Henri Wallon




Le concept de psychomotricité reste, dans son emploi aussi bien courant que scientifique, assez ambigu. On peut néanmoins surmonter cette ambiguïté en le référant à l’intention originelle de ceux qui l’ont forgé et en ont fait la théorie : Piaget et surtout Wallon.


C’est à Wallon, en effet, que l’on doit la découverte et les premières explorations de ce nouveau champ d’investigation grâce à ses recherches cliniques et expérimentales sur le développement psychomoteur de l’enfant, les syndromes et les types psychomoteurs. Cependant, il convient aujourd’hui de corriger la perspective wallonienne parfois trop neurologiste en soulignant le rôle des relations affectives et pulsionnelles, autrement dit en tenant plus largement compte des acquisitions psychanalytiques. Il en résulte à la fois un élargissement de la classification des troubles psychomoteurs, un enrichissement des techniques thérapeutiques appropriées et une extension du champ d’investigation de la psychomotricité.


Outre les domaines génétique, pathologique, différentiel, un tel champ comporte aussi celui, plus complexe, de l’adaptation de l’individu normal avec ses composantes pragmatique, sociale, esthétique et éducative. Ce vaste domaine connaît, de nos jours, un grand essor et, grâce à la mise en valeur de la perspective interdisciplinaire, profite aussi bien des expériences psychotechniques, psychosociologiques, artistiques et pédagogiques que des techniques médicales et psychanalytiques. Bref, la psychomotricité est le carrefour de toutes les tentatives pour analyser et réaliser la maîtrise du comportement.


Les origines théoriques du concept : Piaget et Wallon


Pour déterminer le contenu sémantique précis et légitime de la notion de psychomotricité, il conviendrait donc de la rapporter à l’intention originelle qui a présidé à sa formation. Cette intention, on la trouve chez Jean Piaget et, dans une plus large mesure, chez Henri Wallon, lesquels ont l’un et l’autre souligné, mais chacun avec une visée, une méthode et une conceptualisation distinctes, que le psychique et le moteur ne sont pas deux catégories ou réalités étrangères, cloisonnées, séparées, soumises l’une aux seules lois de la pensée pure, l’autre aux mécanismes physiques et physiologiques, mais, bien au contraire, l’expression bipolaire d’un seul et même processus, celui de l’adaptation souple, mouvante et constructive au milieu environnant. Autrement dit, pour Piaget et Wallon, les deux mots accolés ne désignent pas deux domaines distincts juxtaposés, mais les accentuations possibles et variables d’un rapport qui seul existe vraiment.


  • Pour Piaget, l’adaptation est effectivement un rapport puisqu’elle résulte d’un équilibre constamment renouvelé entre les « assimilations », d’une part, c’est-à-dire les actions par lesquelles un sujet incorpore les choses et les personnes à son activité propre, à ses structures acquises, et « les accommodations », d’autre part, c’est-à-dire les actions par lesquelles il réajuste ces structures, en fonction des transformations subies, au milieu environnant. Piaget montre ainsi comment les premiers réflexes et les premiers schèmes sensorimoteurs du petit enfant, constitutifs de son intelligence dite sensorimotrice ou pratique, s’intériorisent grâce au langage, se socialisent et deviennent des « opérations », d’abord concrètes, à réversibilité limitée (comme les classifications figurales, non figurales, hiérarchiques, les sériations, entre autres), puis abstraites, à réversibilité totale (comme la logique des propositions). En d’autres termes, loin d’être extérieure et hétérogène à la genèse dite psychique de l’intelligence humaine, la motricité, si rudimentaire soit-elle, constitue peu à peu celle-ci par des structurations successives se caractérisant, à chaque stade, par des « paliers d’équilibre ».Donc pour Piaget la psychomotricité n’est qu’un épiphénomène d’un processus logique d’équilibration réglant toute forme de vie et suscitant des structures d’ensemble dont certains éléments seuls sont réalisés, tandis que d’autres se réfèrent à des transformations possibles.


  • Chez Wallon au contraire, la psychomotricité désigne l’étoffe même, la réalité vivante et dernière du développement infantile, qui, plutôt qu’à un processus logique, obéit à l’exigence des changements des rapports de l’enfant avec la diversité des milieux, depuis la symbiose physiologique avec le milieu utérin à l’état fœtal jusqu’aux relations éthicopolitiques avec la cité à l’âge adulte. « Si bien équilibrée que soit la thèse de Piaget, écrit Wallon, elle n’est pas conforme aux rapports réels de l’enfant avec son milieu, qui ne sont pas de simple succession, qui ne relèvent pas du pur raisonnement ou de l’intuition intellectuelle, mais qui mêlent dès l’origine sa vie à son ambiance, par l’intermédiaire d’actions et de réactions appartenant à tous les plans de son psychisme. » Bref, si, chez Piaget, la signification de l’unité psychomotrice est logique, elle devient, chez Wallon, biosociologique.


Le développement psychomoteur de l’enfant


Wallon n’a jamais cessé de souligner « l’importance du mouvement dans le développement psychologique de l’enfant », afin de faire saisir dans le mouvement même la réalité du rapport de l’enfant avec le milieu physique, vital et humain ; cela l’amène inévitablement à rompre avec la psychologie traditionnelle, qui prend son point de départ et son type d’explication dans la conscience et, par conséquent, dans les seules images, quelles que soient les formes qu’elles revêtent (sensation, perception, mémoire, etc.).


« Entre les conditions extérieures d’un acte et ses conditions subjectives, le mouvement n’est plus, dit Wallon, un simple mécanisme d’exécution, dont il resterait à dire quelles forces ou quel agent intimes sont capables de l’utiliser ; il n’est pas entre elles un simple trait d’union, il se confond avec elles. Et si étendu qu’en devienne le circuit ou le détail des opérations, chaque étape, chaque degré de son organisation est l’expression immédiate des rapports qui se sont établis entre l’individu et le milieu… Le mouvement appartient à la structure de la vie psychique ».


Par sa nature même, en effet, il contient en puissance les différentes directions que pourra prendre l’activité psychique. Il est essentiellement déplacement dans l’espace, et revêt trois formes qui ont chacune son importance dans l’évolution psychologique de l’enfant.


  • Il peut d’abord être passif ou exogène, c’est-à-dire dépendant de forces extérieures, au premier rang desquelles on trouve la pesanteur. Il ne peut alors provoquer que des réactions secondaires de compensation ou de rééquilibre, tels les réflexes labyrinthiques spécifiques de la période prénatale, qui sont à la tête d’une lignée qui, par étapes successives, à travers la recherche des postures nécessaires et des points d’appui appropriés, conduira l’enfant de la position couchée aux positions assise, à genoux et finalement debout.
  • La deuxième forme de mouvement consiste dans les déplacements autogènes ou actifs soit du corps lui-même dans le milieu extérieur, soit d’objets qui s’y trouvent : locomotion ou préhension.
  • La troisième enfin est le déplacement des segments corporels ou de leurs fractions les uns par rapport aux autres. Il s’agit de réactions posturales qui se confondent partiellement avec celles de l’équilibre dans le premier groupe, mais qui prennent un caractère plus différencié et plus psychologique : elles s’extériorisent comme attitudes et comme mimiques.

Ces trois sortes de mouvements s’impliquent et se conditionnent mutuellement. Si l’on se rappelle, par ailleurs, que l’organe du mouvement sous toutes ses formes est la musculature striée avec sa double fonction clonique (raccourcissement et allongement des myofibrilles) et tonique (maintien du niveau de tension), on comprend aisément que les variations de tout cet appareil fonctionnel, d’une part, permettront à l’enfant de modifier ses rapports avec le milieu et, d’autre part, pourront être, selon les individus, plus ou moins précoces ou plus ou moins prégnantes : cela explique la diversité des complexions motrices.


Le développement psychomoteur de l’enfant passe par les principaux stades suivants :


  • le stade impulsif des décharges motrices inefficientes du nourrisson ;
  • le stade émotionnel, où les gestes de l’enfant deviennent utiles et tendent à exprimer à l’entourage ses exigences affectives ;
  • le stade sensori-moteur, par lequel l’enfant, à la fois par le développement de son activité manuelle, de la station debout et de son activité phonatoire, réussit à associer plus étroitement le mouvement à ses conséquences sensibles et à opérer par là un repérage minutieux des données sensorielles rendant ainsi possible une perception plus précise des excitations causées par les objets extérieurs. Bref, il est capable de l’« activité circulaire », ainsi dénommée parce que l’effet provenant d’un mouvement parfois fortuit entraîne la reproduction de celui-ci comme pour vérifier les rapports entre mouvement et objet, et leurs mutuelles modifications;
  • le stade projectif, où le mouvement, après avoir été lié à des influences subjectives et à la perception d’objets extérieurs, accompagne désormais les représentations mentales. L’enfant paraît vouloir mimer sa pensée défaillante et en distribuer les images dans son environnement actuel comme pour leur conférer une présence.


Enfin, l’activité d’imitation prend de plus en plus d’importance, contribuant, avec le développement de la parole, à l’émergence de la fonction symbolique et à la transformation et à l’enrichissement de l’intelligence conceptuelle.


Suite bientôt….



 



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