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L’idée de psychomotricité

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Jean Piaget [3]—————————————— Henri Wallon [4]




Le concept de psychomotricité reste, dans son emploi aussi bien courant que scientifique, assez ambigu. On peut néanmoins surmonter cette ambiguïté en le référant à l’intention originelle de ceux qui l’ont forgé et en ont fait la théorie : Piaget et surtout Wallon.


C’est à Wallon, en effet, que l’on doit la découverte et les premières explorations de ce nouveau champ d’investigation grâce à ses recherches cliniques et expérimentales sur le développement psychomoteur de l’enfant, les syndromes et les types psychomoteurs. Cependant, il convient aujourd’hui de corriger la perspective wallonienne parfois trop neurologiste en soulignant le rôle des relations affectives et pulsionnelles, autrement dit en tenant plus largement compte des acquisitions psychanalytiques. Il en résulte à la fois un élargissement de la classification des troubles psychomoteurs, un enrichissement des techniques thérapeutiques appropriées et une extension du champ d’investigation de la psychomotricité.


Outre les domaines génétique, pathologique, différentiel, un tel champ comporte aussi celui, plus complexe, de l’adaptation de l’individu normal avec ses composantes pragmatique, sociale, esthétique et éducative. Ce vaste domaine connaît, de nos jours, un grand essor et, grâce à la mise en valeur de la perspective interdisciplinaire, profite aussi bien des expériences psychotechniques, psychosociologiques, artistiques et pédagogiques que des techniques médicales et psychanalytiques. Bref, la psychomotricité est le carrefour de toutes les tentatives pour analyser et réaliser la maîtrise du comportement.


Les origines théoriques du concept : Piaget et Wallon


Pour déterminer le contenu sémantique précis et légitime de la notion de psychomotricité, il conviendrait donc de la rapporter à l’intention originelle qui a présidé à sa formation. Cette intention, on la trouve chez Jean Piaget et, dans une plus large mesure, chez Henri Wallon, lesquels ont l’un et l’autre souligné, mais chacun avec une visée, une méthode et une conceptualisation distinctes, que le psychique et le moteur ne sont pas deux catégories ou réalités étrangères, cloisonnées, séparées, soumises l’une aux seules lois de la pensée pure, l’autre aux mécanismes physiques et physiologiques, mais, bien au contraire, l’expression bipolaire d’un seul et même processus, celui de l’adaptation souple, mouvante et constructive au milieu environnant. Autrement dit, pour Piaget et Wallon, les deux mots accolés ne désignent pas deux domaines distincts juxtaposés, mais les accentuations possibles et variables d’un rapport qui seul existe vraiment.




Le développement psychomoteur de l’enfant


Wallon n’a jamais cessé de souligner « l’importance du mouvement dans le développement psychologique de l’enfant », afin de faire saisir dans le mouvement même la réalité du rapport de l’enfant avec le milieu physique, vital et humain ; cela l’amène inévitablement à rompre avec la psychologie traditionnelle, qui prend son point de départ et son type d’explication dans la conscience et, par conséquent, dans les seules images, quelles que soient les formes qu’elles revêtent (sensation, perception, mémoire, etc.).


« Entre les conditions extérieures d’un acte et ses conditions subjectives, le mouvement n’est plus, dit Wallon, un simple mécanisme d’exécution, dont il resterait à dire quelles forces ou quel agent intimes sont capables de l’utiliser ; il n’est pas entre elles un simple trait d’union, il se confond avec elles. Et si étendu qu’en devienne le circuit ou le détail des opérations, chaque étape, chaque degré de son organisation est l’expression immédiate des rapports qui se sont établis entre l’individu et le milieu… Le mouvement appartient à la structure de la vie psychique ».


Par sa nature même, en effet, il contient en puissance les différentes directions que pourra prendre l’activité psychique. Il est essentiellement déplacement dans l’espace, et revêt trois formes qui ont chacune son importance dans l’évolution psychologique de l’enfant.


Ces trois sortes de mouvements s’impliquent et se conditionnent mutuellement. Si l’on se rappelle, par ailleurs, que l’organe du mouvement sous toutes ses formes est la musculature striée avec sa double fonction clonique (raccourcissement et allongement des myofibrilles) et tonique (maintien du niveau de tension), on comprend aisément que les variations de tout cet appareil fonctionnel, d’une part, permettront à l’enfant de modifier ses rapports avec le milieu et, d’autre part, pourront être, selon les individus, plus ou moins précoces ou plus ou moins prégnantes : cela explique la diversité des complexions motrices.


Le développement psychomoteur de l’enfant passe par les principaux stades suivants :



Enfin, l’activité d’imitation prend de plus en plus d’importance, contribuant, avec le développement de la parole, à l’émergence de la fonction symbolique et à la transformation et à l’enrichissement de l’intelligence conceptuelle.


Suite bientôt….